Décharges sauvages en Inde

J’écris cette courte réflexion depuis l’Inde où je vis, en contact avec une population en majorité rurale.
Cette expérience influence évidemment les lignes qui suivent.

La pollution, une chaîne d’acteurs

Une bouteille plastique roulée par les vagues, des emballages plastique plaqués par le vent sur des arbustes, ne sont pas tombés du ciel.

  • Des industriels les ont fabriqués
  • D’autres industriels les ont utilisés comme contenant
  • Des distributeurs les ont mis en rayon
  • Des consommateurs les ont jetés.

Et en filigrane se dessinent les acteurs politiques,

  • qui ont autorisé la mise en marché
  • qui n’ont pas organisé la filière collecte-recyclage
  • qui n’ont pas sévi

Parmi ces intervenants, industriels, distributeurs et politiques ont agi en toute connaissance de cause.
Le dernier maillon, le consommateur, souvent par ignorance, a appuyé sur le détonateur de la bombe qui lui a été mise en main.

Mais qui est le vrai coupable ?
Celui qui est en bout de chaîne ?
Le « pollueur de base », Monsieur Toulemonde par qui le malheur arrive ?
Mais à bien y regarder, il n’y est pas pour grand chose.
Il pollue souvent sans le savoir, ce Mr jourdain du plastique, pour trois raisons simples

  • Il a en main le produit polluant (sinon il ne polluerait pas CQFD)
  • Il ne sait pas qu’il est dangereux
  • Il ne sait pas où le mettre

Et accessoirement, son sens de l’esthétique n’est pas gêné par la présence de déchets.
Bien souvent, il y en a tellement autour de lui que cet environnement est devenu « normal ».

Pour étayer le propos voici quelques anecdotes.
Prenez un chemin de campagne quelque part en Asie, l’Inde n’étant pas seule en cause.
Rien de particulier, sinon à un point donné un fossé un peu plus profond qu’ailleurs.
En passant un beau jour, vous y voyez un ou deux sacs plastique ou bien un dépôt sauvage de déblais.
Et les jours passant vous constaterez que ces déchets « pionniers » auront donné naissance à une petite décharge aux sacs éventrés par les chiens et survolée de corbeaux.
C’est une simple question de dilution de la responsabilité. La responsabilité personnelle est diluée par la présence préalable de déchets. Plus il y en a, moins on se sent coupable ; moins on se sent coupable plus on jette.

Une autre anecdote : En quelques années se sont construits dans une rue trois établissements hôteliers.
A environ une centaine de mètres le fossé idéal a vu arriver la femme de ménage de l’un d’eux qui y a balancé un premier seau d’ordures. En l’espace d’un mois c’était devenu la décharge « officielle » des établissements, lieu de rendez-vous des vaches, des chiens et des corbeaux.
Aucun des propriétaires, qui ont pourtant investi des sommes importantes ne semble faire le lien entre son environnement et le futur de son chiffre d’affaires.
Après chaque événement, le sol est jonché de gobelets, de cuillères plastique balayés avec plus ou moins de soin (plutôt moins).
Un entretien avec l’un d’eux m’a permis d’apprendre que la rue n’était pas touchée par le ramassage des ordures qui se fait uniquement en centre ville. Ramassage très symbolique qui consiste souvent à balancer le contenu de la carriole à ciel ouvert aux abords de la ville. C’est le principe de la poussière sous le tapis ; en l’occurrence, plutôt à côté du tapis !

La « méta action » ou action de haut niveau

  • Dénoncer la situation
  • Publier des études démontrant la nocivité des produits, les scénarii catastrophe à plus ou moins long terme
  • Agiter des chiffres et le spectre d’un futur sombre
  • Signer des pétitions
  • Faire du lobbying
  • Appeler au boycott
  • Agir politiquement

C’est très bien, c’est nécessaire. Mais c’est prendre le problème seulement par le haut, à un niveau qui dépasse le pollueur de base sans éducation ni conscience écologique.
C’est à dire à peu près le Monde entier hors Europe Occidentale et Amérique du Nord si on simplifie à l’extrême.
Gardons-nous cependant de l’amalgame car partout on trouvera des pollueurs et des individus soucieux de l’avenir de leur planète et de leur environnement.

L’action de terrain

Par l’éducation et la prise de conscience que chacun est impacté, au niveau de sa santé, de ses revenus actuels et futurs.
Une Education concrète et simple adaptée au public visé.
Pas de théorie, pas de concept, pas de prospective. C’est inutile.

Les sociétés occidentales ont leur content de matière pédagogique de tous niveaux sur ce sujet.
Matière qui ne sert souvent qu’à affiner les connaissances de ceux qui savent déjà, c’est-à-dire environ 25% de la population mondiale.
Cette action s’adresserait aux 75% restants en majorité situés hors Europe Occidentale et Amérique du Nord.
A ce public, il faut parler simple pour être audible.
Si l’on agite l’avenir de la planète, ce sera abstrait et inefficace.
Mais si on parle argent, les oreilles vont se dresser :

  1. Moins de récoltes,
  2. Moins de pêche,
  3. Moins de touristes dégoûtés par la pollution visuelle des sites

Il faut viser les points sensibles :

  • Le porte-monnaie tout d’abord.
  • La santé en second lieu car il est difficile sans background éducatif de relier un emballage plastique, apparemment inoffensif, à un état de santé.

Et maintenant, à qui parler ?

Hommes, femmes, enfants, adultes ?

  • En cœur de cible, l’enfant ou pré-ado : réceptif, malléable, sans habitudes ni préjugés. C’est le consommateur, le dirigeant de demain
  • En premier cercle, l’adolescent, cible mouvante, difficile à cerner. On peut en attendre le pire et le meilleur.
  • En deuxième cercle, l’adulte : s’il pollue aujourd’hui c’est par habitude, par manque d’éducation. Il est formaté, difficile à changer.
    Le seul levier serait le porte-monnaie, par prélèvement fiscal pour contribuer à la filière de collecte ou par amende en cas de pollution avérée.
    Dans ce dernier cas, il faut que la collecte soit organisée, des points de dépôts disponibles.
    On est bien d’accord qu’on ne peut être pénalisé pour rouler du mauvais sens de la route que si cette route est à deux voies d’une part et qu’il y a un code de la route d’autre part.

Et comment leur parler ?

Il n’y a pas grand matériel pédagogique pour sensibiliser des jeunes qui partent de zéro.
Personnellement j’ai trouvé des outils, certes bien faits mais épars, qu’il conviendrait de rassembler, structurer, vulgariser.
Voilà le premier challenge, créer un support de cours en plusieurs langues.
Le deuxième challenge en découle : comment dispenser ce savoir ?
Ces cours seraient idéalement sous-tendus par des formations en ligne pour les « enseignants ».
Ces étapes franchies, une campagne d’information éveillerait certainement des vocations d’enseignants bénévoles.
Inscription, validation du profil, accès aux données.
Une enquête locale m’a permis de constater que les écoles sont prêtes à accueillir hors programme ces types d’intervention.

En guise de conclusion

L’action de terrain, économique, facile à mettre en œuvre, accessible à toutes les bonnes volontés, serait de contribuer à l’Education avec des outils simples et des tutos appropriés.
Il serait le bienvenu qu’un organisme reconnu fabrique et mette à disposition des supports de cours, doublés de formations en ligne.

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